Un corps, tout près
Chez Étienne Gros, le regard ne s’éloigne jamais. Il se glisse au creux d’un dos, s’attarde sur un genou, suit la courbe d’un bras replié. Le cadrage serré fait du corps humain un paysage intime, fait de reliefs, de plis et de lumière.
Né le 20 mars 1962 à Saint-Dié-des-Vosges, ce peintre français consacre son travail à l’exploration du corps dans toute sa complexité et sa beauté. Il ne le décrit pas : il le fait émerger.
Une formation entre les Vosges et Paris
Étienne Gros étudie aux Beaux-Arts d’Épinal, puis de Versailles, et obtient son diplôme des Beaux-Arts de Paris, où il reste de 1981 à 1986. Il y fréquente les ateliers d’Iscan, d’Olivier Debré et de Vladimir Veličković, des peintres qui l’ont encouragé vers un geste libre et une matière vivante.
Le regard d’Alain Bosquet : « les anatomies brisées »
Le poète et critique d’art Alain Bosquet a consacré à Étienne Gros un texte intitulé Les anatomies brisées. Il y décrit des toiles intenses et graves, qui profitent de la liberté du mouvement et d’une pigmentation tantôt stricte, tantôt laissée au hasard, mais dont le sujet reste précis, presque obsessionnel.
Selon lui, le trait est massif et réduit à quelques tracés essentiels. Les masses se rapprochent comme pour mieux s’écarter, et les corps luttent entre eux ou contre eux-mêmes. Ventres, bassins, genoux et chevilles apparaissent toujours fragmentaires, sans visage ni signe de douleur. Alain Bosquet y voit une désincarnation qui transcende l’horreur : la chair devient os, puis pierre. Il conclut qu’il y a chez Étienne Gros « de la force et de la retenue », et qu’il faudra suivre ce peintre.
Ce regard sombre et puissant donne toute sa profondeur à une œuvre qui ne se contente jamais de la seule beauté des formes.
La matière et la couleur : rouge, bleu, orange
Ses peintures contemporaines naissent d’abord sur papier : les pigments y sont appliqués, puis transférés sur toile. Cette technique donne aux surfaces un grain presque minéral, où la couleur se mêle aux textures de la peau.
On pense au rouge profond du Bras rouge ou de Genou blanc, qui enveloppent des chairs pâles. Le bleu de Dos en bleu fait surgir un buste de la toile, et le Halo orange s’enflamme autour d’une épaule. Les corps y semblent sortir de la toile pour venir à la rencontre du regard.
Le dessin à la flamme : l’art de la fumée
Étienne Gros pratique aussi une technique singulière, le dessin à la flamme. Avec la fumée d’une bougie ou d’une lampe à pétrole, il fait naître des formes sur le papier : pas de contour net, seulement des voiles gris et noirs, des silhouettes entre apparition et disparition.
Les œuvres de la série Fumée, comme Fumée 24b35 ou Fumée 19c29, semblent vivantes et éphémères. Elles saisissent des instants de grâce que le hasard a fixés sur la feuille.
Un regard de sculpteur sur la peinture
Le travail d’Étienne Gros est influencé par son regard de sculpteur. Il cherche à donner une dimension tridimensionnelle à ses peintures, et l’abstraction y rencontre le figuratif. De cette tension naît une impression de volume et de mouvement.
Une reconnaissance en France et à l’étranger
Depuis 1990, Étienne Gros expose régulièrement en France et à l’étranger : Paris, Lille, Nantes, Annecy, mais aussi Chicago, Munich et Bruxelles. En 2006, il reçoit le Grand Prix Azart du salon Mac. Il vit et travaille aujourd’hui en région parisienne.
Acquérir une œuvre d’Étienne Gros
À la Galerie Art Mourier, nous présentons des œuvres originales d’Étienne Gros, peintures sur toile et dessins à la flamme, pour les amateurs d’art contemporain comme pour les collectionneurs.