Une plaque de métal épaisse pèse, résiste et ne se laisse pas travailler à la légère. Pourtant, entre les mains de Francis Guerrier, elle devient un ruban qui s’enroule, se croise et semble flotter. Cet article pousse la porte de l’atelier : les matériaux, la soudure, le meulage et les choix techniques qui font naître une sculpture, de la plaque brute à l’œuvre installée.
Partir de plaques épaisses
Le point de départ est un matériau industriel : des plaques de métal épaisses, en aluminium notamment, mais aussi en acier et, plus rarement, en inox. Francis Guerrier les découpe, les travaille notamment par pliage à froid, puis les soude entre elles pour construire de grands volumes aux courbes amples.
Les photos d’atelier le montrent : des anneaux et des rubans de métal, suspendus à des chaînes ou posés au sol, que Francis Guerrier assemble puis reprend à la main. À cette échelle, la sculpture se construit autour et à l’intérieur de ses propres courbes.
Le pliage à froid
Le pliage à froid donne du volume à une surface plane sans la chauffer. Francis Guerrier s’appuie sur l’énergie et la résistance propres du métal : chaque pli oriente la matière, et la courbe naît de cette résistance plutôt que malgré elle.
C’est un geste exigeant, presque un corps-à-corps avec la rigidité du métal. Le sculpteur cherche la courbe juste au cœur de la plaque, et la précision de la découpe compte autant que celle du pli.
La soudure et le meulage
La soudure fait tenir l’ensemble, mais elle se fait point par point. Francis Guerrier assemble les plaques par petits points de soudure, à genoux ou sous la pièce, masque baissé et gants aux mains, au milieu des câbles et des chaînes qui soutiennent les grandes spirales.
Vient ensuite le meulage. La meuleuse reprend les soudures dans une gerbe d’étincelles, jusqu’à ne laisser aucune trace de soudure. C’est un travail long et physique, qui décide de la finition : la surface doit paraître d’un seul tenant, sans raccord visible. La lourdeur du métal reste perceptible, mais le contour semble flotter : c’est le paradoxe qui traverse toute l’œuvre.
La lumière, matière à part entière
Dans les séries Fleurs de lumière ou dans le lustre ADN du ciel, la lumière n’est pas ajoutée à la sculpture : elle en fait partie. Le métal est découpé et façonné pour la laisser passer, la filtrer, la faire rebondir. Ce sont les jeux d’ombre portée qui achèvent la forme.
Le métal devient alors un écran sur lequel la lumière dessine des motifs changeants. Une même pièce n’a pas le même visage le jour et la nuit, ni d’une pièce à l’autre d’une maison.
La plume : changer de matière pour changer de mouvement
La plume est l’un des motifs les plus reconnaissables de Francis Guerrier, et c’est aussi là que sa recherche technique est la plus visible. Selon l’usage, il choisit son matériau :
l’aluminium pour les structures rigides, notamment les versions de douze mètres de hauteur, qui doivent résister aux éléments ;
la toile de voile ou la fibre de verre pour les pièces plus souples, qui réagissent au moindre souffle et offrent un mouvement plus organique.
À cette échelle, la sculpture est un objet d’ingénierie : elle doit tenir face au vent tout en gardant la grâce d’une plume. Le vent n’est pas un adversaire mais un collaborateur : il donne vie au métal, et l’œuvre change d’aspect selon l’air.
Une hauteur de 4 m. Elan Bleu
Penser la sculpture pour un lieu
Avant la sculpture, il y a eu la scénographie. Ce passé façonne encore la méthode de Francis Guerrier : chaque projet est conçu in situ, en tenant compte du lieu qui l’accueillera, de son échelle, de ses contraintes, de la lumière et de la circulation autour de l’œuvre.
Une sculpture pour un jardin public, une salle des mariages, la cour d’un restaurant ou l’entrée d’un immeuble ne se pense pas de la même façon. Dans chaque cas, la pièce prolonge l’espace au lieu de s’y poser.
Un atelier qui devient un lieu d’expériences
En 2020, Francis Guerrier crée Ascendance, un espace accolé à son atelier et consacré à la présentation de toutes formes artistiques. L’année suivante, La Cage aux oiseaux, sculpture lumineuse et interactive au son, y est présentée. L’œuvre ne se contemple plus seulement : elle réagit à ce qui l’entoure.
Cette curiosité vient peut-être de l’enfance : un père peintre, une mère céramiste, des gestes d’atelier appris très tôt. Elle se retrouve aujourd’hui dans les pièces uniques en céramique et dans le mobilier design qu’il décline à côté de ses sculptures.
Le regard de la galerie
Ce qui m’a donné envie d’exposer Francis Guerrier, c’est d’abord sa personnalité d’artiste, puis l’apparence de légèreté de ses sculptures, qu’elles soient petites ou monumentales.
La galerie présente une sélection de ses sculptures, du petit format d’intérieur à la pièce d’extérieur. Les formats d’intérieur, d’environ 30 à 180 cm de hauteur, se posent sur un socle et trouvent leur place dans un salon, un bureau ou une entrée. Les grands formats, qui vont jusqu’à 7,5 mètres de hauteur pour Tango noir, dialoguent avec un jardin, un bassin ou un bord de mer.
On y retrouve ce que décrit cet article : l’aluminium peint en bleu, en rouge ou en aubergine, l’acier peint, le métal brut, l’aluminium patiné, parfois associé à une boule de cristal comme dans Satellite. Beaucoup de titres parlent du vent, de l’eau et du vivant : Le vent dans l’amandier, Vague rouge, Vent dans la voile, Les deux cygnes bleus.
Chercher l’essentiel de la forme
Installé dans la lumière des Alpilles, Francis Guerrier poursuit un travail de dépouillement : aller vers l’essentiel de la forme, avec un minimum de gestes et un maximum de présence. La courbe, l’ombre, le mouvement du vent suffisent à faire exister l’œuvre.
Pour approfondir cet univers, retrouvez ses sculptures .